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                                                                                    Avec Roxanne bébé, pause biberon.

Une lettre touchante d'un lecteur de "Papa gay"

J'ai reçu une lettre qui m'a beaucoup touché. J'ai envie de vous la transmettre avec la réponse que j'ai faite à ce garçon, Alexandre, qui m'a écrit.

Très cher Pascal,

C'est avec émotion que je viens de terminer votre livre. Je me suis empressé de vous écrire pour vous remercier de ce soutien littéraire.

Je suis moi-même gay et ce depuis ma naissance, je crois bien. Je l'ai toujours accepté auprès de moi-même et des autres. J'ai fait mon coming-out à 12 ans auprès de la famille, des amis, des enseignants de mon collége, etc.

J'ai maintenant 18 ans, et cela fait déjà plus d'un an et demi que je m'interroge sur ma future paternité.

Je me suis longuement questionné sur le comment faire ce si beau cadeau de la vie. Et grâce à vous, j'ai enfin compris. J'ai une amie lesbienne très proche qui se porte garante de devenir la mère de nos enfants.

J'aimerais savoir s'il est mieux, ou non, de faire cela avec une amie proche ou non. Elle a 20 ans, et nous comptons lancer la procédure dans 5 à 6 ans.

En tout cas, merci encore pour cette belle lecture (moi qui déteste ça particulièrement...).

Je vous embrasse, ainsi que Roxanne, qui sans me connaître a, je l'espère, ressenti mon attachement envers elle.


Je vous souhaite tout le bonheur qui puisse exister.


Merci encore et mille fois merci.

Bien à vous,

Alexandre

Voici ma réponse:

Très cher Alexandre,

Merci de vos mots qui m'ont ému et touché profondément. Si j'ai écrit ce livre, c'est parce que je pensais qu'il puisse aider des personnes comme vous qui avez un désir d'enfant tout en tentant de les rassurer et de calmer les peurs de leur entourage. Donc un infini merci d'avoir pris la peine de m'écrire ce message. Il me va droit au cœur.

La première chose que je voudrais vous dire, c'est que vous êtes très jeune pour devenir papa. En effet, il est judicieux de reporter ce projet à dans quelques années. Cela vous donnera le temps de bâtir peu à peu votre idéal et surtout cela vous permettra de vivre votre vie à vous. Car, vous le constaterez, même dans le cadre d'une coparentalité, l'enfant va occuper une place énorme dans votre vie (et modifier les projets que vous aviez pour vous-même). De mon côté, je suis assez heureux d'être devenu père sur le tard. Car j'ai pu vivre pleinement ma vie, trouver ma voie, un emploi dans lequel je me réalise et bâtir un équilibre qui me permet de ne rien regretter que je n'aie pas fait avant de devenir père.

Cela dit, je ne suis pas en train de vous dire d'attendre vos 42 ans pour faire un enfant! La différence entre vous et moi, c 'est que vous avez accepté votre homosexualité beaucoup plus tôt que moi (qui ai attendu mes 26 ans). Donc vous avez de l'avance et c'est tant mieux!

Vous avez donc envie d'un projet de coparentalité. Je ne peux que vous féliciter, car je trouve que c'est le meilleur choix que l'on peut faire pour un enfant. Je respecte bien évidemment les couples d'hommes qui adoptent ou qui utilisent les services d'une mère porteuse, mais en mon for intérieur, je ne pouvais pas imaginer que mon enfant vive sans une maman. Certes, c'est une situation qui suppose beaucoup de concessions, mais une fois que vous avez accepté ces concessions, je vous promets que la vie est radieuse.

Depuis bientôt cinq ans, nous vivons en parfaite harmonie, Elsa et moi. Jamais le moindre nuage n'est venu troubler notre entente. C'est véritablement une association de deux êtres humains qui ont décidé de donner naissance à un enfant et de l'élever. Souvent, un peu par provocation je l'admets, je dis que je ne suis pas un père, mais un technicien en parentalité! Derrière la boutade, il y a quelque chose de vrai. Le fait de devoir me poser plein de questions avant de devenir père m'a permis - comme je le dis dans le livre - de passer mon "permis de parent" avant de le devenir. Ces questions ont structuré l'exercice de ma paternité et je suis heureux de me les être posées, car cela m'a aidé tout au long de ma vie avec ma fille.

Il est bon aussi à mes yeux que vous fassiez ce projet avec une amie lesbienne. Dans le cas contraire, si la mère de votre enfant est hétérosexuelle, elle risque de rencontrer un homme et ce dernier va, sans la vouloir, prendre la place du père, car il vivra davantage de temps avec votre enfant.

Une chose est essentielle: trouvez la bonne personne et posez-vous toutes les questions possibles. Avec votre amie, déshabillez vos âmes. Parlez de tous les sujets. Si un désaccord survient sur un thème, discutez-le et voyez si vous pouvez parvenir à une concession. Ne vous cachez rien. Définissez des règles et engagez-vous à les respecter. Cette ouverture réciproque entre le futur papa et la future maman est le meilleur ciment pour construire un projet d'enfant. Et surtout, la base de tout: FAITES-VOUS CONFIANCE et ne changez pas de comportement une fois l'enfant venu. Je connais un couple d'hommes qui a fait un projet d'enfant avec une femme. Tout était bien réglé avant la naissance mais dès que leur enfant est arrivé au monde, la maman a changé les termes principaux de l'accord. Du coup, ils vivent un enfer depuis six ans. Et leur enfant est la première victime du revirement de la maman.

Donc, je vous le répète: discutez avec votre amie et regardez si vous êtes sur la même longueur d'ondes. Si tel n'est pas le cas pour l'un ou l'autre, si les désaccords basiques sont trop nombreux, alors ayez le courage de mettre un terme à votre projet et de partir en quête d'une autre personne.

L'un des points essentiels sur lequel vous devez discuter est ce que j'appelle dans le livre "la proximité géographique des parents". Elsa et moi, nous nous étions donné cinq ans - soit jusqu'au moment où notre fille commencerait l'école - pour nous rapprocher mutuellement (l'idée était la suivante: comme je suis propriétaire et qu'Elsa était locataire, elle a accepté l'idée de se rapprocher de moi, mais en prenant le temps de trouver quelque chose qui lui plaise vraiment). Nous vivions à 30 km l'un de l'autre à la naissance de notre fille. Aujourd'hui, nous sommes dans le même village. Et vous n'imaginez pas ce que cette proximité est pratique et vous facilite la vie! Avec votre amie, réfléchissez bien à ce point-là. Il est essentiel, je vous le certifie.

Je ne vais pas aller plus loin dans le détail, il y aurait tant à dire. Sachez, Cher Alexandre, que si je peux vous aider en répondant à d'autres de vos questions, je le ferai volontiers.

Encore merci pour vos mots qui m'ont touché. Je vous souhaite plein de belles choses et que votre projet d'enfant mûrisse gentiment avant d'aboutir sans aucun doute à ce qui sera la plus belle aventure de votre vie et celle de votre amie.

Amicalement et chaleureusement,

Pascal